Get a playlist! Standalone player Get Ringtones
Commentaires CommentairesLes maux de la fin Il y a certaines réponses que Google ne peut nous apporter. On croit qu'il suffit d'entrer quelques mots dans une case de texte pour voir apparaître sur son écran les réponses à nos questions. Certes, on peut interroger un moteur de recherche sur internet, mais que se passe-t-il quand on recherche quelque chose qui ne se trouve pas, quelque chose que seul le temps nous apprendra? On peut toujours s'en remettre à des médiums autoproclamés, à des diseuses de bonne aventure qui récoltent de l'argent semant de l’espoir. Mais que se passe-t-il quand on est dans l'attente, l'attente du meilleur, l'attente du pire? >> Il est inhérent à la nature humaine de vouloir savoir, de vouloir connaître la vérité. Le paradoxe de l'être humain est qu'il tend toujours vers une vérité qu'il préfère ignorer, comme si l'ignorance l'effaçait. Qu'on se voile la face ou non, la vérité s'en trouve inchangée. Ce qui diffère, c'est le rapport que nous entretenons avec cette vérité que nous préférons ne pas nous avouer. Que se passera-t-il le jour où je saurai? Je voudrais tirer sur le fil du temps, voir les jours se succéder, haletants, sans répit... Atteindre cet instant interminable que jamais je n'ai voulu vivre, pour savoir. Que nous laisse le temps? Des souvenirs? Ou la reconstruction subjective d'instants qui se sont échappés? Il ne nous reste rien. Un amoncellement d'objets dont le temps aura raison, qui se perdront dans l'immensité et l'anonymat de l'existence. Des traces... Des traces éphémères qui mènent jusqu'à nous et qui disparaîtront avec nous. J'ai envie de pleurer. De pleurer sur cette ironie à laquelle la vie nous condamne. Parce qu'au fond, on peut toujours lutter, mais le plus gros échec de nos vies à tous, c'est la vie elle-même. Sanctionnée par la mort, elle fait de nous des êtres égoïstes et capricieux, qui s'animent sous l'effet de leurs désirs et de leurs hormones. Nous ne sommes que des objets, des engins biomécaniques mûs par des stimulis qui nous donnent l'impression d'exister. Le bonheur? Une illusion sécrétée par nos glandes. La tristesse? Une réaction chimique. Nous sommes programmés pour penser, ressentir. Mais pourquoi être doté d'une conscience si c'est pour constater cette désillusion?
"Que nous laisse le temps? Des souvenirs? Ou la reconstruction subjective d'instants qui se sont échappés?"
| Accueil | | Chroniques | | Auteur |
| Chroniques |
| Accueil |
| Humoeurs |
À méditer
| Auteur |
Les souvenirs L’illuminé crie dans la rue. « Pauvres ignorants, vous ne savez pas. Vous ne voulez pas savoir et préférez fermer les yeux. Fermer les yeux sur l'indicible vérité. Celle que vous n'osez vous avouer. La vérité toute vraie, sans faux semblants, sans rien pour la rendre plus supportable, parce que se confronter à sa propre mort n'est pas supportable. Vous vivez comme si vous étiez éternels. Vous oubliez ce qui fait que la vie est précieuse et vous vous arrêtez sur des futilités d'un ordre qui dépasse mon entendement. Vivez dans l'insouciance. Vivez comme si jamais vous n'alliez mourir. Mais viendra le temps de regrets ! Vous vous pencherez sur l'illusion de votre vie. Un souvenir. Quelque chose d'éthéré qui appartient au passé. Et qu'en avez-vous tiré sur le moment ? Rien, que des regrets. La saveur éphémère à laquelle jamais plus vous ne goûterez. » C'est ça la vie. Un enchaînement d'instants sans transitions. Ils vont et viennent sans s'arrêter et on en profite comme ils viennent... Ou au contraire nous passons à côté. Mourir c'est s'avouer que nous pouvons cesser de vivre. Et l'indomptable souci égoïste que nous avons est de laisser une trace. A qui ? pourquoi ? Certains font le bien. D'autre le mal. Les uns comme les autres ont laissé leur trace en laissant pousser une graine de ce qu'ils ont semé. Et ça continue de pousser même quand ils ne sont plus là. Est-ce ça laisser une trace? Avoir influencé les événements? Je ne sais pas. Quoi qu'il en soit il est toujours un jour où on se met à regretter. Même les morts, parfois, regrettent... Et leurs regrets parfois nous atteignent. Et alors la culpabilité nous envahit parce que nous nous croyons responsables de ce que les morts ont vécu, ou au contraire, de ce qu’ils n’ont pas vécu. Alors ils reviennent nous hanter. Ils reviennent parmi les vivants pour tenter de réparer les manquements de leur vie. A l'insu des vivants.
Septembre 2008 - Clarence Golay. Tous droits réservés ©
Humoeurs Mes états d'âme...
Ni vous sans moi D’eux deux il en fut ainsi Comme il en est du chèvrefeuille Qui au coudrier se prend : Quand il s’est enlacé et pris Et tout autour du fût s’est mis, Ensemble ils peuvent bien durer ; Qui les veut ensuite désunir Fait tôt le coudrier mourir Et le chèvrefeuille avec lui - Belle amie, ainsi est de nous Ni vous sans moi, ni moi sans vous. Marie de France, Œuvres, XIIe siècle
L'humanité : une définition L’humanité m’effraie. Je regarde les passants comme autant d’unités complexes qui tentent de gérer et résoudre leurs paradoxes. Animés par des sentiments contraires, aussi louables que condamnables, ils affichent une cohésion mensongère qui n’est parlante que pour les inconnus qui les croisent. L’unité de leur corps ne nous laisse pas entrevoir que leur esprit est démembré, torturé, et qu’ils essaient de renouer des sentiments éviscérés. C’est peut-être bien là tout le souci de notre conception. Nous nous attachons à aborder les choses dans une vision manichéenne qui ne nous laisse pas le pouvoir d’appréhender la réalité telle qu’elle est. Tout n’est que continuum et chacun d’entre nous fait des allers-retours entre ses extrémités. Ainsi n’y a-t-il pas de « bons » et de « méchants ». Il y a des gens. Des gens qui réunissent en eux cette ingérable contradiction. C’est cela que nous appelons l’humanité.
CommentairesLettre d'un condamné à l'ordinaire L’ordinaire est une condamnation honteuse. L’Homme est prisonnier des chaînes d’un quotidien qui fait de lui un détenu à perpétuité. Là, dans ce cachot, s’engage une vie paisible, mais morne. Derrière ses barreaux, il regarde les jours se succéder depuis sa naissance, sans vraiment d’enthousiasme. Bien sûr, il y a des beaux jours. Il y a aussi des jours tristes. Mais sans faire de distinction, le temps continue son inexorable course. L’ordinaire est une punition que l’on n’a jamais fini de purger. Et à cette anesthésie quotidienne, certains préféreraient l’injection mortelle. Aujourd’hui, j’ai bénéficié d’une permission de sortie. Il est venu m’attendre à la sortie de prison. Il a dissipé la nuit, jetant l’ancre sur l’océan d’éternité. Comme Jésus sur la croix, j’ai ouvert les bras à ces instants fugitifs. Le temps semblait avoir suspendu son vol. Le présent est devenu éternité. Le temps s’est endormi. La lumière a succédé aux heures sombres. Son âme m’a offert un paysage inédit où m’exiler. Nous avons vogué hors du temps, mais le temps s’écoule sans rives où accoster. Il a pris le chemin du retour, laissant le temps dévorer l’Extraordinaire. J’ai regagné ma prison, Il a regagné ses habitudes. Désormais, mon petit pays semble vide. Un seul être vous manque et tout est dépeuplé, disait Lamartine, et quand je sors de chez moi, j’ai l’impression que c’est pour te rejoindre. Mais Il est parti. Le matin de son départ, je me suis réveillé dans ma cellule, la langue pâteuse, comme quand on sort d’une anesthésie. Peut-être avais-je seulement rêvé. Mais pourquoi m’a-t-on laissé connaître l’ Extraordinaire ? C’est une punition bien plus douloureuse encore de se voir retirer quelque chose que nous avons touché du doigt que de se voir refuser quelque chose à laquelle on n’a jamais accédé. Et à voir s’éloigner ce que je tente d’approcher, je me sens condamné au même supplice que Tantale. Au même titre que manger et boire, je ressens le besoin de le voir. Car un espace qui est laissé vide, dit-on, a souvent plus de relief. Et son absence a meublé mon quotidien. Comment comprendre que nous nous soyons portés de l’intérêt ? Sans savoir pourquoi, on s’est bien entendu, le courant est passé et malgré la retenue des premiers instants, j’ai repensé à lui après l’avoir quitté. L’envie de le revoir était présente. C’est un peu comme si nous avions été séparés depuis une vie antérieure et que je l ’avais retrouvé. Et maintenant, il me paraît insupportable de ne pas pouvoir le voir. Une nouvelle rencontre c’est comme tomber amoureux, il faut apprendre à se connaître. Car une âme est un horizon à découvrir et je voudrais faire escale avec lui … Mais il n’est pas possible pour les branches d’un diapason de vibrer l’une sans l’autre. Lui là-bas, moi ici. Je suis condamné à éprouver le manque. Manque que j’espère égoïstement qu' Il éprouvez aussi. Ainsi j’espère le voir et le revoir encore. L’espoir est un papillon que l’on essaie d’attraper. On veut le laisser s’ébattre en liberté en même temps qu’on essaie de le capturer pour ne pas se laisser aller à de vaines espérances. Mais à trop craindre de le serrer trop on le laisse s’échapper quand même. Dans ce quotidien en clair-obscur, la nostalgie m’envahit et l’espoir devient ma nourriture. J’ai regagné ma geôle, repaire de la Reine de la Nuit. Mais c’est dans la chambre noire du photographe que naissent les plus beaux clichés. Ce que je veux dire, c’est que la pellicule n’est pas encore pleine, et que j’ai de nombreuses photos à faire encore avec lui .